Féministe

Les magazines : féminins mais machistes ?

 

Un tour d’horizon sur une année

Je me suis posée cette question lors d’une de ces éternelles discussions entre filles sur la minceur. Les régimes sont l’un des principaux thèmes de la presse féminine. De mars à juin, il nous faut nous préparer pour la plage, le « test du maillot de bain ». En septembre, la rentrée est l’occasion de reprendre une activité sportive – l’une d’entre elles devrait bien nous convenir au vu de la diversité existante. Décembre doit préparer le corps avant les festins de fin d’année. Janvier est bien entendu l’occasion de prendre de bonnes résolutions. Donc tout au long de l’année, les femmes sont amenées à penser à leur poids, qu’elles devraient perdre deux ou trois kilos pour être parfaites. Mais en entrant dans ce mécanisme de l’obsession de la balance, ne sommes-nous pas dévalorisées ? En effet, cela indiquerait qu’une femme ne peut s’accomplir que par sa masse corporelle et sa silhouette. Comment pouvons-nous avoir une bonne estime de nous-mêmes dans ces conditions ? Certes, le bonheur passe aussi par l’accomplissement professionnel et par nos relations mais cette insécurité persistera chez beaucoup d’entre elles, que ce soit ponctuel ou quotidien.

L’exigence d’une alimentation équilibrée

Aujourd’hui, bien que les pratiques et les espoirs persistent, les régimes stricts sont moins populaires. Les magasines féminins valorisent maintenant les rééquilibrages alimentaires, les présentant comme des solutions plus lentes (au maximum une perte d’un kilo par semaine) mais durables. Si cette lenteur n’est pas à remettre en cause -surtout que toutes ne perdent pas à la même vitesse-, cette symbolique de la dernière contrainte alimentaire pour obtenir et surtout garder le poids désiré me semble quelque peu exagéré. Cela est d’ailleurs précisé sur les sites officiels de nombreux régimes dits « rééquilibrages alimentaires » : cela n’est pas écrit en ces termes mais un encart précise que les participants gardent ces nouvelles façons de manger X temps après l’arrêt de leur programme. Personnellement, je comprends qu’à la suite de cette période les « bonnes résolutions » se perdent. Certes cela dure souvent plus longtemps que les régimes drastiques mais reste limité dans le temps. Pourquoi ? Cela n’est pas abordé. Personnellement, je soupçonne que nombreux sont ceux qui ont une relation complexe avec la nourriture, dépendante de notre état psychologique et émotionnel. Et face aux nombreuses réussites mises en avant, la culpabilité de l’échec rapide et d’une rechute à plus long terme est intensifiée. Nous voilà donc replongées dans l’infernale spirale.

La fameuse et miraculeuse « activité physique »

Mais continuons d’espérer, si nous avons échouer, c’est à cause de notre manque d’activité physique ! Nous voici donc reparties à la guerre contre des kilos superflus et surtout contre notre silhouette disgracieuse. Fière de notre nouvelle résolution, nous commençons à suivre un programme sportif à la lettre…. pendant quelques jours, ou, pour les plus courageuses quelques semaines. Puis les exigences de la vie nous font diminuer le nombre de séances. Certaines abandonneront, d’autres réussiront, à force de volonté, à persister dans leurs efforts. Malgré tout, peu d’entre nous observent réellement un changement physique, ou du moins infime par rapport à leurs efforts. Non, nous avons toujours pas la silhouette de la femme photographiée en plein effort pour nous montrer les bons mouvements.

Au final, quel message est transmis aux lectrices ?

C’est pourquoi je m’interroge sur la nature des magasines féminins. Ils présentent, pour la plupart, des femmes minces qui font un régime ou du sport, induisant dans l’esprit des lectrices que le programme proposé leur permettra de leur ressembler. Certes des femmes plus « pulpeuses » sont parfois présentent mais de nombreux magasines précisent alors que c’est un numéro « spécial ronde ». Mais pourquoi ? Avoir quelques kilos en plus fait-il de ces femmes des femmes différentes, à l’écart de la gente féminine ? Une amie, un peu corpulente, m’a dit un jour qu’elle était née à la mauvaise époque. En effet, nous pouvons observer à travers des peintures de grands maîtres que la femme avec des formes fut pensée comme l’incarnation de l’idéal féminin. De là, je m’interroge si la beauté féminine ne dépendrait pas toujours du regard et du goût des hommes. En effet, nombreuses d’entre nous cherchons à ressembler à celles des images, que ce soit peinture, photographie ou vidéo. Or cette obsession d’un corps mince, influencée notamment par la presse féminine, pourrait détruire toute fierté envers notre propre corps.

19/05/17 21h

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2 réflexions au sujet de “Les magazines : féminins mais machistes ?”

  1. Je n’y connais pas grand-chose en presse féminine, mais je pense que cela va même au-delà de cette presse. Actualité (2 mois après la rédaction de ton article) : miss France, qui représente un idéal de beauté inatteignable pour beaucoup d’entre nous car on est loin de la taille standard (enfin, critiquée car trop maigre, jamais content!) ; contre la grossophobie (et on voit dans les commentaires pas mal de grossophobes…) ; ou récemment un article comme quoi les femmes ne font pas assez d’activité physique, ce qui est apparemment statistiquement vrai, mais je me posais des questions car l’article n’était pas complet. Du coup, ça avait l’air culpabilisant.

    Il y a le goût des hommes mais aussi ceux de la société. Une amie angolaise m’a dit qu’elle était toujours critiquée pour son poids dans son pays (mince), là-bas ils aiment les formes. Si ta femme est pulpeuse, c’est que ton foyer prospère (en gros tu as l’argent pour nourrir ta femme !). Ici, c’est forcément que tu as une mauvaise hygiène de vie dans la tête des gens. C’est que tu n’es pas assez dynamique, que tu t’empiffres, etc. Et cela m’a même irrité lors d’une lecture young addult, l’héroïne était en surpoids (enfin !!) mais en fait, elle a du mal à apprendre à se battre car elle est grosse. A sa place, malgré mes 45 kilos, j’aurais eu du mal et craché mes poumons aussi, car ça fait 7 ans que je ne fais plus de sport intense (la naissance de mon fils en fait… je marche 1h par jour minimum pour aller au boulot mais je rêve de m’inscrire dans un club de sport de combat, ne serait-ce que pour voir du monde). Je pense qu’elle va maigrir dans les prochains tomes. Bref, c’était dit ainsi, et j’ai trouvé ça dommage car on peut avoir du surpoids et être sportif, et pour une fois qu’une héroïne était physiquement différente…

    Bref, je pense que c’est tout un état d’esprit, et les magazines féminins plutôt que de nous donner confiance en nous, entrent dans ce jeu. Ils nous vendent du rêve, et le rêve ce n’est pas nous mais ce qu’on pourrait être avec des abdos, sans cellulite, etc. Ils se sont bien emparés de cet état d’esprit, c’est que ça fait vendre. Ils prennent comment la femme doit être et l’utilisent pour nous aider à se conformer à cet idéal. Ca, je ne comprends pas, comme tu dis, rien de tel pour détruire la fierté envers notre corps !
    (ou cheveux, un autre débat ayant des amies souffrant avec leur fer à lisser. Je ne comprenais pas leur obsession, avant d’entendre une collègue critiquer une autre aux cheveux très frisés car « ça fait négligé »… elles se conformaient à l’obsession de notre société en fait).

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce long commentaire -presque un article!
      Il est vrai que le physique est principalement une question de civilisation et d’époque -combien de tableaux existent-ils avec des personnes qui aujourd’hui seraient qualifiées en surpoids voire obèse. Mais l’idéal serait que la beauté se soit plus identifiée par un idéal figé mais un ensemble de critères qui se mélangent selon les personnes et mettre ainsi en avant la beauté de la différence-ressemblance.
      Oui ces idéaux ne sont pas que dans les magazines féminins mais comme tu le dis participent grandement à les figer et à déconstruire notre confiance en soi.

      Aimé par 1 personne

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