Féministe, Non classé

Du théâtre pour penser la place des femmes, des hommes et de l’éducation

Non rassurez vous, ce n’est pas le réveillon du nouvel an mais bien Noël ! Je n’avais pas prévu de publier avant le 30 décembre mais je n’ai pas pu me retenir de vous parler d’une pièce de théâtre que j’ai vu le 16. Surtout que je l’ai choisie pour son thème sur l’égalité homme femme . D’abord voici le résumé officiel.

Marta, journaliste engagée dans la lutte pour la liberté des femmes, résidant à Paris, est sur le point de partir au Guatemala pour faire un reportage dans le cadre d’une mission humanitaire. Avant son départ, elle rend visite à son frère Fernando, informaticien, qui habite dans une banlieue résidentielle de Madrid, pour lui confier sa fille Camille durant son absence. Le frère et la sœur ne se sont pas revus depuis la mort de leur père, trois ans auparavant. Durant cette visite, ils vont évoquer leur enfance, leurs souvenirs, marqués par la domination machiste de leur père et la soumission de leur mère. http://www.leprogres.fr/pour-sortir/loisirs/Spectacle-theatre-conte/Theatre-contemporain/Rhone-alpes/Ain/Bourg-en-bresse/2017/12/16/Rose-et-bleu#

affiche rose et bleu

Regardons ensuite l’affiche Il y a déjà beaucoup de chose à dire. Notamment les couleurs, celle des stéréotypes des genres. Plus c’est impossible. Cependant ce ne sont ni les vêtements ni un symbole valorisant qui sont ainsi colorés sur les deux enfants. Mais une croix. Cela peut être pour valider la correspondance stéréotypé ou au contraire la refuser, rejeter cette association. Si l’image interpelle, le titre vaut aussi le détour. Rose et bleu. Fille et garçon. A moins que .. regardons de plus près ce titre. Rose est écrit en … bleu et bleu est écrit en… rose. Mais alors qui est fille ? Qui est garçon ? Cet oxymore des stéréotypes sera expliqué par la pièce.

Si le sujet du féminisme est important, les réactions des personnages peuvent pour une grande part s’expliquer par l’histoire familiale. Espagnole, et républicaine du côté paternel lors de la guerre civile et la dictature de Franco, elle -enfin le père- décide d’émigrer en France pour la paix qu’elle apporterait. Cependant, la nouvelle génération française commence à s’émanciper des principes patriarcaux, auxquels le père s’accroche, s’identifie.

Deux duo, un couple , les parents, et les enfants, une fille et un garçon à deux périodes de leur vie -enfance/adolescence et adulte vers 40/50ans. Deux époques et quatre pensées et parcours de vie. Et de nombreuses interactions, des pensées et actions causes-conséquences dues à ces relations familiales.
L’histoire de cette famille commence en Espagne -autant chronologiquement que scéniquement. 1960, famille traditionnelle, chacun sa place désignée par les générations précédentes. Le père qui travaille à l’extérieur -mais ne rapporte que peu d’argent-, préoccupé par les apparences veut se montrer plus riche qu’il ne l’est. Des fauteuils en cuir, qu’il n’a pas fini de payer, des meubles en bois massif -pas de formica, ça fait pauvre ! – mais mettre au clou les bijoux de sa femme ne le gène absolument pas -si elle veut récupérer son bracelet, elle n’a qu’à demander de l’argent à ses parents qui le lui ont offert pour ses 21ans. Il attend que sa femme lui ait préparé à manger avant qu’il n’arrive et lui écoute et lit la politique. Pourtant l’épouse semble se complaire dans ce rôle. Inquiète de ne pas avoir fini le repas avant le retour du mari, elle exige que les enfants jouent ailleurs. Mais folie que fait le petit Fernando avec la poupée de sa sœur ? « Les poupées, c’est pour les filles ! » Triste, le garçon repart avec son camion de pompier. Et pourtant, il avait intégré le stéréotype de la femme faible : elle était trèèès reconnaissante que les pompiers la sauvent … et heureusement que le feu n’est pas allé dans la chambre des enfants ! Malgré son entourage, le garçon tend à fissurer les codes de la société. Mais peut-être que la mère n’apprécie pas autant son rôle figé d’épouse. Seule, elle en profite pour mettre des chansons qui la font rêver et danse avec plaisir dessus. Romantique ? Oui, bien que nous aurions pu en douté face au comportement du mari. Mais jeune fille, elle pensait s’enfuir avec son fiancé. Cependant elle a cru que celui-ci avait disparu volontairement. Mais elle découvre, à la mort de sa mère, qu’il lui avait écrit de nombreuses lettres en lui demandant d’attendre son retour pour le mariage. Elle en a finalement choisi un autre, espérant néanmoins sa venue le grand jour pour interdire la cérémonie ou l’enlever juste après comme dans les films hollywoodiens. La réalité est très différente.
France, nouveau départ ou continuité ? Le père n’envisage pas de différence pour son couple
Sa femme doit continuer à s’occuper de la maison et des enfants. Cependant il est fier de ses enfants qui réussissent leurs études, y compris sa fille. Néanmoins s’il la souhaite instruite, il estime toujours qu’elle doit se conformer à ses règles, de la femme à la maison, habillée décemment et pas des jupes au -dessus du genou, et ne pas -presque pas- sortir après les cours même pour son anniversaire. Mais cette fille, cette jeune adulte s’oppose peu à peu à ces règles, plus strictes que celles de ses amies. Elle veut pouvoir discuter avec elles après les cours, s’habiller selon ses envies et être en couple si elle le souhaite et avec qui elle souhaite. Ce pays devient aussi celui de la liberté pour la mère. Lorsqu’elle va chercher les papiers d’identité français de sa famille, elle demande si elle peut bien divorcer. Et c’est -presque- la première chose qu’elle fait en tant que française. Malgré son éducation, sa vie de femme mariée, elle ne donne pas de concession à son époux. Au lieu du repas qu’elle n’a pas eu le temps de préparer, elle pose les papiers de divorce sur la table devant son futur ex-mari. Celui-ci refuse de comprendre et la rabaisse insistant qu’elle n’est capable de rien et qu’elle a donc besoin de l’argent qu’il rapporte. Rien ? Est-il capable de se faire à manger ? De coudre des vêtements ? D’éduquer des enfants ? Perturbé, il retournera en Espagne, retrouvé ses racines et ses traditions. Elle, elle profite de sa liberté, d’exister en tant que femme, d’être désirée pour elle-même.
Dans ce contexte, comment les enfants, devenus adultes , se sont-ils formés ? Fernando est l’enfant rêveur rentré en grande partie dans le moule de la conformité. Celui qui voulait jouer avec les poupées a mal vécu que sa mère prenne son envol de femme Il continue à trouver normal que sa femme lui prépare tous ses repas lorsqu’elle est en déplacement. Et s’il avait envie d’autre chose ? « Cela n’est jamais arrivé. » La question de sa sœur ne lui avait pas traversé l’esprit. S’il comprend parfaitement qu’une femme peut s’épanouir dans son travail, il a encore du chemin à faire pour comprendre l’égalité vers laquelle Martha tend. Journaliste engagée pour la condition des femmes dans le monde, son enfance l’a poussée à interroger les traditions sans non appuyées sur la raison. Jeune, elle avait une heure de couvre-feu, 22 heures, alors que son frère, cadet d’un an, pouvait rentrer quand il le souhaitait. Et cela même le jour de son anniversaire. Femme de son temps, elle assume parfaitement son engagement. Qui commence avec sa fille. Elle souhaite que cette dernière découvre la culture espagnole et la langue pendant son séjour chez son oncle. Divorcée du père de la fillette, elle est maintenant en couple avec Hélène, sa photographe.
Cependant son lesbianisme semble régulièrement confondu avec ses actions féministes. Son frère sous-entend que son choix de partenaire est en réaction à sa haine des hommes à cause des pères, le sien et celui de sa fille. Si la pièce ne s’appesantit guère sur le sujet, ce rappel que l’un n’est pas une conséquence de l’autre me paraît nécessaire car c’est un préjugé assez présent dans l’inconscient de la société. Revenons au sujet principal de la pièce. Martha, par un coup de téléphone d’une amie , donne une explication pour laquelle certaines restent en couple : la dépendance affective. Je ne sais pas si vous, mais je n’y avais pas pensé dans ce contexte. Oui je sais que je suis prête à beaucoup pour ma famille et j’en suis consciente. Mais pour un ou une partenaire ? Je tiens trop à mon indépendance et à ma liberté. Et si… et si j’étais vraiment, totalement amoureuse ? Est-ce que je resterai objective ? Est-ce que je serai capable de me plier à ses conditions pour rester en couple avec cette personne ? Aucune idée. Mais ce concept me fait réfléchir. Quelle est la frontière entre concessions et soumission à l’autre ? Comment identifier cela alors qu’on est pris dans la situation ? Difficile d’avoir un recul suffisant tout en restant impliqué. L’entourage peut aider mais connait-il vraiment notre couple ? Il ne peut pas savoir toutes les concessions des deux côtés. Je vous laisse ici pour le contenu de la pièce.

Si je ne vous ai toujours pas persuadé(e)(s) de les voir par le contenu de la pièce, aller les voir pour leurs talents d’acteurs. Deux personnes, un homme, une femme, et six rôles. Oui quelques changements de tenue pour les identifier mais les changements de jeux sont importants : de posture, de voix, de fusion avec le personnage du moment. Pourtant cela ne dure qu’au plus deux ou trois minutes -quand on ne parle pas de secondes. Du théâtre classique et quelques textes chantés. Le spectateur sent que les acteurs se sont réellement appropriés cette pièce, que le thème est une question clé pour eux. Donc si vous vous apercevez que la Compagnie Confidences, et particulièrement Rosa Ruiz et Enrique Fiestas, jouent près de chez vous ou que Philippe Calmon a fait la mise en scène, n’hésitez pas et passez un bon moment, autant divertissant que philosophique.

Voici le lien pour le site de la Compagnie Confidences « Un théâtre qui s’engage pour l’égalité entre les hommes et les femmes » : https://www.confidencestheatre.com/

Joyeux Noël 2017

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